GANDELIN PASSIONS a souhaité en savoir plus sur les anges et comme d’habitude les Grecs sont passés par là !
Notre article reprend le fil des temps anciens jusqu’à la période post-Renaissance où l’image de l’ange sera définitivement fixée.
C’est en Mésopotamie que l’on retrouve les premières représentations de personnages préfigurant les anges. Ainsi le Lamassu mésopotamien avec sa tête d’homme barbu, son corps d’animal comprenant 2 ou 4 ailes, 5 jambes faisait office de gardien du temple cumulant force, sagesse et majesté. Puis c’est au cours de l’Antiquité grecque que l’on assiste à l’apparition d’autres personnages ailés comme des sphinx, des femmes symbolisant des victoires (Samothrace), des enfants pour symboliser des sentiments, l’amour, le désir (Eros, Cupidon, …). L’hellénisation favorise la représentation des dieux à figure humaine et de leurs serviteurs parfois ailés (Hermès). Les ailes témoignent de la capacité du personnage à jouer le rôle d’intermédiaire entre le dieu et les hommes et cela sous-tend une certaine transcendance.
A partir du VI° siècle av. J.C. les échanges de populations et de cultures s’accroissent et des cités deviennent importantes comme Alexandrie, Antioche. Les cultures hébraïque et grecque vont notamment s’influencer. Ainsi les présentations de la Bible hébraïque, dans l’Ancien Testament, font état d’anges, de Séraphins et de Chérubins. Dans ce livre sacré, les anges sont des messagers dont l’apparence n’est pas forcément visible ou reste humaine. Les textes privilégient la narration de leurs actions. Quant aux Séraphins et Chérubins, le récit indique qu’ils possèdent des ailes leur permettant de se déplacer rapidement et suivant les ordres divins. Ils sont mystérieux. Ces deux êtres surnaturels sont hiérarchisés, le Séraphin étant l’éminence de Dieu et le Chérubin assurant les intercessions et la protection. Etymologiquement ces mots proviennent de l’hébreu : saraf, pluriel : serafim / keruv, pluriel : keruvim, lequel provient également de l’akkadien : karibu qui désignait des êtres ailés.
Ces mots seront repris dans le vocabulaire grec : το Σεραφείμ et το Χερουβείμ.
De même, la culture romaine s’imprègne de la culture grecque et affectionne particulièrement ces personnages ailés que l’on trouvera sur des sarcophages, des fresques, des objets. Ils auront l’apparence de jeunes enfants potelés et nus. Ils sont dénommés « putti » et sont associés à l’amour, la fertilité, les plaisirs c’est-à-dire une mythologie quelque peu profane et païenne.
Puis ce fut l’avènement de la religion chrétienne qui utilise elle aussi la Bible hébraïque et qui décide de s’éloigner des usages trop païens pour assurer ses bases nouvelles. Il est décidé de ne pas reprendre les putti issus de la représentation païenne des anges et de conserver l’aspect mystique, le rapport à la Bible. Les anges sont figurés par des personnages humains vêtus sobrement.
Sur ce point la religion orthodoxe restera fidèle à cet engagement, au respect de la Bible. Les icônes représentent encore des anges avec des corps d’hommes, dignes et plus représentatifs des qualités divines (force, lumière, spiritualité, majesté). Ce n’est qu’à partir de 350 ap. J.C. que les ailes des anges apparaissent, l’esthétique grecque se substituant à la théologie juive adoptée dans les premiers siècles.
Il faudra attendre la période de la Renaissance en Occident pour voir l’art modifier la culture religieuse. En 1425 Fra Angelico peint des visages d’enfants pour symboliser des anges. Il sera le premier à le faire puis sera suivi par la plupart des peintres de renom comme Donatello, Raphaël, …
Dès lors, le Chérubin biblique devient un putto, petit enfant ailé nu au physique potelé comme Cupidon dans l’Antiquité. L’ange se veut un personnage sympathique, expressif, plein d’innocence, de pureté, de tendresse. L’art impose sa vision à l’Eglise catholique qui voit la fréquentation des églises s’accroître. La promotion des jeunes enfants, images des vertus divines suggère également aux fidèles de devenir parents. Finalement l’Eglise catholique qui n’a pas d’exigence en matière picturale encourage les artistes peintres et passe de nombreuses commandes.
Très vite, les putti sont partout à tel point que certains ecclésiastiques commencent à dénigrer des œuvres qui ne leur paraissent pas assez spirituelles. Bossuet au XVII° trouve que l’art baroque accorde trop de place à ces putti puis l’art rococo au XVIII° accroît ce ressenti négatif si bien qu’on assiste au XIX° à une réinterprétation plus nuancée des fresques en s’inspirant de l’Ancient Testament plus mystérieux.
Aujourd’hui nous étions loin de penser que les Grecs nous ont apporté ces petits anges si mignons que l’on intègre à toutes sortes d’objets et de représentations de la vie. Ces anges ont franchi des milliers d’année et n’ont pas changé. Encore une preuve qui nous montre que l’homme évolue par sa technique mais certainement moins par sa manière d’être.
Nous sommes certains qu’après avoir lu ces premières explications vous allez regarder de plus près ces anges notamment sur les fresques religieuses et tous les tableaux réalisés par les plus grands artistes de ce monde.
Article : JP Gandelin
photo : Anges en terre cuite peints par Nathalie GANDELIN à l’aquarelle








